Les robots humanoïdes s’imposent dans les esprits

Cette année GI 2026 a vu débarquer plus que jamais de nombreux robots humanoïdes attirant l’intérêt des visiteurs lors de déambulations dans les allées du salon… Si le spectacle est assuré qu’en est-il vraiment des exigences industrielles ? Entre premières expérimentations en Allemagne et la prudence des experts scientifiques mais aussi l’utilité économique dans la course à la réindustrialisation, les robots humanoïdes font parler d’eux !

Un marché en forte croissance mais encore des défis techniques

Un million de robots humanoïdes en 2035. Les investisseurs s'attendent à une croissance exponentielle du marché d'ici à dix à quinze ans. Bien qu'étonné par la rapidité des progrès enregistrés ces dernières années, Abderrahmane Kheddar, directeur de recherche au CNRS et membre de l'Académie des technologies, pointe les obstacles à franchir pour y parvenir, dans une récente interview dans les colonnes des Echos. Pour le chercheur : 

Il existe encore un fossé entre les qualités démontrées sur YouTube et les exigences des industriels. Les shows avec des démonstrateurs pratiquant la danse ou le kung-fu démontrent des pics de puissance énormes dans des laps de temps très courts. Mais on est loin de modèles répondant aux contraintes industrielles. Ceux-ci devront se montrer très robustes et endurants, afin de pouvoir tenir 20.000 cycles en travaillant H24 sans tomber en panne, tout en travaillant avec précision. 

Les contraintes techniques restent encore légion ! Pour autant, selon le chercheur :

On peut tabler sur des humanoïdes réellement opérationnels dans l'industrie à horizon 2035. Mais cela peut aller bien plus vite, personne ne peut faire de prévision précise : des percées techniques sont toujours possibles, qui accéléreraient les choses.

BMW ouvre la voie avec un humanoïde en production

Il y a tout juste un mois, BMW vient d’annoncer le déploiement pour la première fois en Europe d’un robot humanoïde dans une ligne de production automobile. À l’usine de Leipzig, un certain AEON s’apprête à cohabiter avec les ouvriers. Le groupe bavarois dans un communiqué de presse  détaille le projet pilote avec la division robotique d’Hexagon, partenaire historique du constructeur dans le domaine des capteurs et des logiciels. Une première en Europe pour un grand constructeur automobile, et BMW ne s’en cache pas : l’ambition est claire, être leader technologique ! Pour l’heure, le calendrier dévoilé très méthodique verrouille les étapes : un nouveau déploiement test est prévu en ce moment même, avant un véritable pilote opérationnel à partir de l’été. L’objectif est d’intégrer AEON dans l’assemblage de batteries haute tension et dans la fabrication de pièces de carrosserie, deux domaines qui demandent précision et répétabilité.

La robotique humanoïde, levier de réindustrialisation ?

En France, André Loesekrug-Pietri, président de la Joint European Disruptive Initiative, Luca de Meo, directeur général de Kering, Geoffroy Roux de Bezieux, président de Notus, et Alexandre Saubot, président de France Industrie lancent plusieurs pistes de réflexions dans une tribune commune, publiée dans les Echos. Les auteurs avancent : « La robotique peut être le levier [...] D'abord parce que l'intelligence artificielle est en train de la révolutionner : le robot humanoïde devient un produit industriel. Tesla convertit son usine de Fremont pour produire Optimus, Renault s'associe avec Wandercraft… ». Leur proposition ? Les auteurs estiment que 

La robotique peut justifier économiquement la relocalisation de filières entières de composants. Comme l'automobile a structuré l'industrie du XXe siècle, elle peut structurer celle du XXIe. Enfin, elle répond à une urgence démographique : en 2050, un Français sur trois aura plus de 60 ans, quatre millions de seniors seront en perte d'autonomie, et 305.000 postes dans les services à domicile devront être pourvus. Le Japon et la Corée ont pris de l'avance. L'Europe n'a pas de stratégie .

Quel avenir pour les robots humanoïdes dans l’industrie ?

Si l’on doit attendre les robots humanoïdes à l’horizon 2035, l’industrie se montre encore prudente sur les capacités réelles du robot en condition de production quotidienne. Pour autant, il semble urgent d’observer les innovations sur ce type de robotique et surveiller les coûts… 

Il y a cinq ans, on achetait un robot humanoïde environ 1 million d'euros. Aujourd'hui, c'est 50.000 euros et très vite, ce sera entre 10.000 et 20.000 euros, explique Abderrahmane Kheddar, directeur de recherche au CNRS.