Recrutement dans l’industrie : l’indispensable nécessité

Un défi à 100 000 talents par an

Pour accompagner ses ambitions industrielles, la France devra faire face à un immense défi de recrutement dans les prochaines années : 100 000 ingénieurs et techniciens supplémentaires seront nécessaires chaque année d’ici 2035. C’est ce que révèle un rapport publié en mai par l’Institut Montaigne, cosigné par Éric Labaye, ancien président de Polytechnique, et Aiman Ezzat, directeur général de Capgemini.

L'économie française a besoin de 100.000 ingénieurs et techniciens de plus, tous les ans, jusqu'en 2035.

Dans un scénario de réindustrialisation modéré, où l’industrie représenterait 12 % du PIB, cela impliquerait la formation annuelle de 28 000 ingénieurs et 29 000 techniciens supplémentaires. Une augmentation significative : +36 % pour les ingénieurs, +54 % pour les techniciens. Or, la tension est déjà palpable sur le terrain.

Pourtant, 70 % des recruteurs peinent déjà à embaucher des ingénieurs et plus de 80 % jugent les recrutements de techniciens difficiles.

Selon les auteurs, ce déficit s’explique notamment par le manque d’attractivité des filières scientifiques dès le plus jeune âge. Il devient alors crucial de réenchanter les carrières techniques dès l’école, et tout au long du parcours éducatif.

Former à l’ingénierie, au-delà des diplômes

Dans une tribune parue dans Les Échos, Laurent Champaney, directeur général de l’École Nationale Supérieure des Arts et Métiers, insiste sur la nuance entre le nombre d’ingénieurs formés et la culture de l’ingénierie :

La question n'est pas forcément de former plus d'ingénieurs mais de former plus « à l'ingénierie », aux « métiers de l'ingénieur ».

Il est vital de former beaucoup plus de jeunes, et de moins jeunes, à la démarche d'ingénierie !

Il s’agit donc de diffuser une culture de la résolution technique et organisationnelle, en réponse à des besoins concrets dans des délais contraints — une démarche essentielle à tous les niveaux de l’entreprise industrielle.

Les profils techniques au cœur des priorités RH

Du côté des entreprises, la demande en profils techniques n’a jamais été aussi forte. C’est ce que confirme l’étude 2025 du cabinet Robert Walters sur les salaires des cadres en ingénierie et industrie. Les postes les plus recherchés cette année sont :

  • COO / Directeur des opérations

  • Responsable Maintenance 

  • Expert technique

Selon Maxime Alves, Responsable Senior chez Robert Walters, cette tension est particulièrement visible sur les postes liés aux technologies émergentes :

Les profils techniques, et notamment sur les nouvelles technologies comme les procédés de fabrication innovants et l’IA, se sont avérés pénuriques l’an dernier et continueront certainement de l’être cette année.

L’essor de l’intelligence artificielle, notamment appliquée à la maintenance ou au traitement des données, alimente cette tendance. Entre 2019 et 2023, les offres d’emploi dans l’industrie ont progressé de +56 %.

Ces compétences en IA seront d’autant plus nécessaires et recherchées chez les professionnels de l’industrie.

Face à la rareté des profils parfaitement adaptés, certaines entreprises changent de stratégie.

L’une des solutions pour les entreprises industrielles est de recruter des talents avec la bonne base technique et d’excellents soft skills, pour ensuite les former.

Une urgence collective

En résumé, la réussite de l’industrie française dépendra largement de sa capacité à recruter, former et fidéliser ces talents techniques. L’enjeu est considérable : chaque année jusqu’en 2035, il faudra mobiliser 100 000 personnes, que ce soit via des parcours initiaux ou des reconversions professionnelles.