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Compétences industrielles : réindustrialiser par les territoires
Une pénurie de compétences dans l’industrie
La France fait face à une pénurie criante de compétences dans les métiers industriels, un paradoxe au regard de son appareil de formation pourtant solide. Le lien entre réindustrialisation et formation est désormais central.
D’autre part, pour les métiers de chaudronnier, soudeur et technicien de maintenance, les formations de nouveaux professionnels ne couvrent que 50% des besoins en recrutement d’ici 2030 ! L’insuffisance des capacités de formation initiale représente un risque évident pour les grands programmes industriels des secteurs clés tels que l’énergie, le naval ou l’aéronautique.
Comme le rappellent Guillaume Basset et Olivier Lluansi dans Les Synthèses de La Fabrique :
Le potentiel de réindustrialisation des filières et de nos territoires, considérable, est notamment bridé par une pénurie généralisée de compétences. Le nombre d’emplois industriels vacants a été multiplié par trois entre 2017 et 2022, pour atteindre environ 60 000.
Des États généraux sur la formation et l’orientation aux métiers industriels permettraient de poser un diagnostic partagé.
Une décennie de fermetures d’écoles
Depuis les années 1990, la rationalisation de l’offre de formation aux métiers industriels a conduit à une réduction drastique du nombre d’écoles : au moins 105 établissements ont fermé leurs portes — privés comme publics. Et très peu ont vu le jour en retour. Cette situation s’est prolongée tout au long des années 2010.
Autre constat préoccupant : l’évaporation des jeunes formés. Beaucoup ne trouvent pas leur place dans les filières industrielles malgré des diplômes adaptés, aggravant le manque de main-d’œuvre.
Pour ces deux experts, une des clés réside dans la territorialisation des infrastructures de formation, mutualisées quel que soit le public, afin de s’adapter à la faible mobilité des Français. En somme, former dans le territoire pour les besoins du territoire.
Former sur place pour produire sur place
Face à ce constat, des solutions concrètes émergent. Les auteurs du rapport préconisent notamment :
- La mise en œuvre de stratégies locales de formation,
- La mutualisation des plateaux techniques (Fab-Lab, ateliers),
- Le décloisonnement des établissements : CFA, lycées pro, IUT, CNAM, universités, écoles d’ingénieurs…
L’idée est de passer d’une approche en silos à un continuum intégré, du CAP au Bac+5, ouvert à tous les publics, en lien direct avec les entreprises locales.
Des initiatives inspirantes
Plusieurs territoires montrent la voie. Citons par exemple :
- L’Industreet qui dispense plus de 400 000 heures de formation à des jeunes des quartiers sensibles en Île-de-France,
- La Fab’Academy en Pays-de-la-Loire,
- L’Usinerie à Chalon-sur-Saône,
- Ou encore l’initiative « Bien en Alsace », portée par l’Adira.
Lancée il y a un an, cette marque employeur territoriale vise à attirer des talents non pas pour une entreprise, mais pour un écosystème entier.
La marque employeur permet de renforcer leur visibilité en Alsace et aussi en dehors, pour faire venir des candidats avec des métiers rares, en production dans les usines, ou en lien avec l'IA et la gestion des data,
explique Yves Demangel, directeur de la marque Alsace à l'Adira.
Avec plus de 100 acteurs engagés, cette initiative renforce l’attractivité locale en réponse directe à la pénurie de compétences.
En conclusion
La formation aux métiers industriels doit être réinventée autour des territoires, au plus proche des bassins de production. Mutualisation, décloisonnement, ancrage local : les conditions sont réunies pour redonner à l’industrie française les bras et les cerveaux dont elle a besoin pour se réindustrialiser durablement.