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Industrie européenne : face aux menaces, agir ou subir
Une géopolitique industrielle en pleine mutation
Depuis sa parution en mai dernier, le rapport Draghi a provoqué un électrochoc dans les sphères politiques européennes. Ce document de référence propose trois axes majeurs pour relancer la compétitivité de l’Union européenne, confrontée à un environnement international de plus en plus tendu.
Le premier pilier repose sur l’innovation technologique, domaine dans lequel l’Europe accuse un retard préoccupant vis-à-vis de la Chine et des États-Unis. Il est donc vital d’accélérer le rythme, sous peine de perdre tout leadership sur la scène mondiale.
L’UE doit faire de son mieux pour accélérer le rythme de l’innovation afin de conserver sa position de leader.
Deuxième priorité : l’énergie et la décarbonation. Le rapport insiste sur l’urgence de baisser les prix de l’énergie et de construire une économie à la fois neutre en carbone et circulaire. Il s’agit là d’une condition incontournable pour une compétitivité durable.
Enfin, le troisième domaine d’action évoqué est plus stratégique encore : l’autonomie en matière de défense. Dans un contexte de montée des tensions, la réduction des dépendances industrielles devient une nécessité impérieuse.
Produire ou périr : le cri d’alarme de Marc Ferracci
Intervenant lors des Rencontres Économiques d’Aix-en-Provence, Marc Ferracci, ministre chargé de l’Industrie et de l’Énergie, a lancé un message fort :
Produire ou périr : pour la préférence européenne.
Dans les colonnes des Echos, il exhorte l’Europe à se ressaisir, dénonçant la domination grandissante de la Chine et des États-Unis sur des secteurs stratégiques comme l’IA, les terres rares, le cloud ou encore les semi-conducteurs.
Nos concurrents choisissent de s'approprier les technologies et les chaînes de valeur critiques.
Une fois établies, ces dépendances se muent en rapports de force.
Ferracci cite l’exemple de la Chine, qui investit plus de 40 % de son PIB dans ses capacités de production, et domine entre 65 % et 85 % des marchés liés à la transition énergétique (photovoltaïque, batteries, métaux critiques). Il rappelle également comment les dépendances technologiques sont aujourd’hui devenues de véritables armes diplomatiques.
Robotique : les industriels français tirent la sonnette d’alarme
Le secteur de la robotique industrielle est en première ligne de cette bataille mondiale. Deux figures du secteur, Fabien Vincentz (Marposs France, EVOLIS) et Jacques Dupenloup (Stäubli, EVOLIS), alertent sur les effets d’une concurrence chinoise de plus en plus agressive, dans une tribune publiée dans Les Echos.
Les fabricants chinois proposent des gammes élargies conformes aux normes européennes, mais à des prix deux à trois fois inférieurs au marché.
Une concurrence déloyale et imbattable, qui arrive pour nous étouffer !
Des marques françaises reconnues comme Stäubli ou Sepro, qui exportent jusqu’à 90 % de leur production, se retrouvent aujourd’hui en danger. Et la situation touche aussi l’Allemagne et l’Italie, où les donneurs d’ordres cèdent progressivement à la tentation de ces machines à bas coût.
Si rien n’est fait, les donneurs d’ordre européens […] sonneront le glas d’une industrie française et européenne de la robotique.
Concilier souveraineté et compétitivité
En conclusion, l’Europe doit agir vite et fort. L’enjeu est double :
✅ D’un côté, protéger ses marchés face à des pratiques commerciales déséquilibrées.
✅ De l’autre, soutenir une innovation locale capable de rivaliser en performance, prix et résilience.
La politique industrielle, longtemps marginalisée, revient ainsi au cœur de la stratégie européenne. Produire en Europe n’est plus un choix. C’est une urgence stratégique.